Criminaliser le militantisme

Interdire dans un premier temps de manifester

Depuis quelques années, l’Etat multiplie les interdictions individuelles de manifester. Par exemple, au total, 683 interdictions ont été décidées entre l’entrée en vigueur de l’état d’urgence en novembre 2015 et les mobilisations sociales de 2016. Pour la seule journée du 14 mai 2016 contre la loi Travail, la préfecture de Paris a prononcé 130 interdictions de manifester. Avec les manifestations des Gilets jaunes, depuis novembre 2018, cette pratique s’est développée à une grande échelle. Et l’écrasante majorité des personnes visées sont des militants actifs, dans les mobilisations écologistes, sociales et de solidarité avec les migrants. Pour prononcer ces interdictions de manifester, l’Etat utilise l’arsenal juridique antiterroriste avec, entre autre, l’argument de la culpabilité par association.

Puis ensuite arrêter, juger, emprisonner

L’Etat a redéfini la frontière entre ce qui peut se faire et se dire en matière de militantisme. L’Etat est très fort pour inventer des motifs flous pour justifier sa répression : « outrage, port d’armes, rébellion, participation à un attroupement en vue de troubler l’ordre public et de commettre des violences et des dégradations, entrave à la circulation, dissimulation du visage en lien avec une manifestation ».
A Rouen, cette atteinte à la liberté d’expression a pris une nouvelle forme. C’est ainsi que lors d’un rassemblement devant l’hôtel de police le lundi 27 juillet au matin, pour exiger la libération immédiate des personnes gardées à vue, une quinzaine de soutiens a été contrôlée et verbalisée par des amendes de 68 € pour « émission de bruit portant atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme », soit l’équivalent d’un tapage diurne.
A Rouen, l’Etat convoque V. ce lundi 23 novembre 2020 pour avoir interpelé Darmanin en scandant « Darmanin, violeur, sale violeur ». Cette convocation se fait sur la base d’une loi vague permettant surtout de limiter le droit d’expression pourtant reconnu par la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne (cf Amnesty International).

Non à la criminalisation des militants

Soutenons V. en participant au rassemblement ce lundi 23 à 12h30

devant le palais de justice de Rouen.

Pour en savoir un peu plus : « Gazer, mutiler, soumettre, politique de l’arme non létale » de Paul Rocher aux éditions La fabrique (13 euros)